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Une rencontre professionnelle entre disquaires autour de trois projets de mutualisation

Commerces de biens culturels

Sept disquaires parisiens sont venus échanger avec Ensemble Paris Emploi Compétences et Les Disquaires de Paris lors d'une rencontre professionnelle autour des enjeux et actions de mutualisation entre disquaires, le 8 novembre 2016, à l’EPEC.

All Access, Balades Sonores, Born Bad Record Shop, Ground Zero, Hands & Arms, Souffle Continu et Walrus vendent des disques neufs (vinyles, CD) et dans une moindre mesure, des disques d’occasion. La plupart exerce une autre activité au sein de leur société. Ils vendent / réparent du matériel Hifi, ils sont labels, ils ont une activité de Street marketing, voire une double activité, de disquaire et de bar. L’« activité secondaire » leur permet, le plus souvent, d’équilibrer leurs comptes. Ils constatent une baisse des ventes liée à la baisse de la fréquentation touristique, à la suite des attentats de novembre 2015 à Paris, et certains décrivent la fragilité économique de leur structure.

S’organiser pour faire baisser les charges de structure (le loyer, le transport, les prestations externes de comptabilité), négocier de meilleures remises auprès des fournisseurs, se donner de la visibilité sont autant de sujets qui ont été débattus et ont permis de voir se dégager 3 projets de mutualisation :  

Mutualiser le référencement des stocks des disquaires parisiens sur un site internet commun s’inspirant de celui de Paris Librairies

Paris Librairies est née du constat que c’est en région parisienne que l’achat en ligne est le plus fréquent et que c’est à Paris que la densité de librairies est la plus forte. Elle a créé un site internet www.parislibrairies.fr pour mutualiser le référencement des stocks et offrir une visibilité sur le stock de toutes les librairies parisiennes adhérentes. Ce site permet à un internaute de savoir où se trouve le livre qu’il recherche, de le réserver en ligne et de se rendre en librairie pour l’acheter (Click and Collect). Le site doit donc inciter les internautes à se rendre dans la librairie physique. Et lorsqu’un client se rend en librairie et que le libraire ne possède pas le livre qu’il recherche, le libraire consulte le site et indique au client où il peut le trouver. Les libraires se renvoient des clients, les clients apprécient que le libraire leur dise où il peut trouver le livre qu’il n’a pas. La solution technique retenue est une base de données mise à jour par les informations récupérées auprès des éditeurs de livres dont les informations disponibles sur le site résultent de l’interfaçage entre la base de données et les outils de gestion de stocks présents chez les libraires.

Si le fonctionnement est le même pour les disquaires que pour les libraires, les disquaires auront tous besoin d’outils de gestion de stocks compatibles. Or, des disquaires travaillent « à la main » avec un cahier (« … le temps dingue à rentrer cela à la main »), certains utilisent un fichier Excel, des fichiers Excel liés, certains ont un logiciel de gestion « fait maison » par l’entourage familial, et d’autres ont recouru à des prestataires (développeurs) pour informatiser la gestion des stocks, pour développer un site internet de présentation ou de vente en ligne. Certains ont un outil informatique qui « sera bientôt obsolète ».

« C’est parce que les libraires ont travaillé ce projet collectif de visibilité sur un site commun que d’autres libraires se sont finalement équipés. » (Tite Live)

Par ailleurs, le stock présenté sur le site mutualisé doit être conforme à la réalité du stock physique du disquaire pour ne pas créer de déception chez les clients. Les disquaires doivent donc réaliser leur inventaire. Et « Il faudra synchroniser les mouvements de stocks. »

Un prestataire de site mutualisé devra récupérer les références des fournisseurs de disques et il faudra s’assurer que l’ensemble de fournisseurs (majors et indépendants) soit représenté. (« Quand on travaille avec de petits labels étrangers, il est difficile de récupérer les données. ») Et pour les références de disques d'occasion, il faudra se connecter à Discogs.

A la différence du livre, il n’y a pas de prix unique du disque. Le site de Paris Librairies n’est pas un site de vente en ligne et comme sur son site, il est possible de ne pas indiquer le prix des disques. Cependant, pour une partie des disquaires, il convient d’assumer sa politique de prix et, de toute façon, les clients demanderont les prix des disques.

Mutualiser une fonction comptable pour réduire les coûts

La plupart des disquaires externalise la fonction comptable. (« La comptabilité, c’est titanesque. On a un comptable. ») Les disquaires paient leur comptable entre 300 - 500, voire 1000 euros HT par mois. La plupart serait intéressé pour en savoir plus sur la mise en place d’un comptable en temps partagé.   

Réaliser des achats groupés pour négocier les prix auprès des fournisseurs

Le coût des disques est élevé pour certains disquaires. (« On ne commande plus de disques car c’est trop cher. » « On est en concurrence avec des labels qui vendent en direct et moins cher. ») Des distributeurs n’acceptent plus les retours ce qui induit une moindre prise de risque dans les achats et peut engendrer un affaiblissement de la diversité de l’offre. Les opérations promotionnelles des distributeurs brouillent la lecture des prix pour le consommateur. (« Les majors ou les gros indépendants pratiquent des remises commerciales qui ne sont pas adaptées à nos volumes d’achats. ») Les disquaires présents sont plutôt intéressés par la perspective d’achats groupés de disques mais aussi de Tote bags permettant de négocier les prix auprès des fournisseurs.

Les autres sujets abordés qui pourraient trouver des solutions collectives 

Les disquaires ont parfois des besoins d’emploi à temps partiel (« Seul dans la boutique les samedis. C’est raide. Il y a des vols. »), des souhaits mais l’impossibilité d’embaucher pour des raisons économiques. Rappelons qu’il existe un Service de remplacement pour des disquaires. Ce Service peut permettre de se faire remplacer ou d’avoir un appui ponctuel en tant que de besoin de la part d’un disquaire qualifié (ex gérant de commerce de disques indépendant à Paris qui a été formé pour devenir disquaire remplaçant). 

Ils constatent que le coût de la logistique a augmenté ("Le coût du transport a augmenté et les petits distributeurs font le tour des disquaires. De petits labels parisiens font du dépôt vente mais avec une logistique complexe. Ils distribuent de petites quantités.") Négocier les frais de port pour de petites quantités leur paraîtrait intéressant.

Par ailleurs, les loyers des commerces parisiens sont élevés. Un disquaire partage un local avec une autre entreprise. Cette colocation leur permet de se partager le montant du loyer. Quelles autres solutions de partage de local ?

Et d'une façon générale, les disquaires souhaitent se fédérer pour faire valoir collectivement leurs intérêts et notamment engager une réflexion sur leur métier.

A noter que la Direction Générale des Médias et des Industries Culturelles (DGMIC) du ministère de la culture et de la communication lance, début 2017, une étude socio-économique nationale sur les disquaires indépendants pour connaître cette population et voir si les dispositifs publics de soutien sont pertinents. Le CALIF et l’EPEC sont membres du Comité de pilotage. Et qu'en 2015, la Ville de Paris a souhaité amplifier sa politique de soutien et de protection du commerce de proximité (mise en réseau et accompagnement économique des commerçants, création d’une plateforme commerce Paris proposant l’accès à des services mutualisés comme le partage d’utilitaires, des stocks).